Sandrine Loublier : son postulat avec Pro Anima

Sandrine Loublier : son postulat avec Pro Anima


3 août 2015

Quel est votre rôle au sein de Pro Anima ?

Je suis un des conseillers scientifiques de Pro Anima. Je réponds aux questions concernant l’expérimentation animale et je fais partie du comité de sélection des projets de recherche sur les méthodes alternatives aux tests sur les animaux afin de leur attribuer des fonds collectés par Pro Anima dans le cadre d’EthicScience.

Quel type de recherche faîtes-vous et quels en sont les méthodes ?

J’ai un doctorat en biologie cellulaire. J’ai travaillé à l’INSERM, l’Institut national de la Recherche médicale et de la Santé, dans un laboratoire étudiant les maladies mitochondriales.

Les mitochondries fournissent l’energie des cellules de notre corps. Lorsque les mitochondries dysfonctionnent, des maladies variées peuvent survenir, touchant principalement les enfants et pouvant aller jusqu’à la mort.

Certains chercheurs utilisent des souris comme modèle, ce qui est un choix que je désapprouve pour des raisons à la fois scientifiques et éthiques. A la place, j’ai donc eu recours à des tests in vitro.

Je travaillais sur une protéine appelée « complex I » qui est composée des produits de 46 gènes, et je cherchais à savoir si tous étaient nécessaires pour le bon fonctionnement de la protéine. Ces recherches avaient pour but de savoir lesquels de ces gènes pouvaient causer une maladie mitochondriale s’ils étaient mutés.

Au lieu d’utiliser des souris génétiquement modifiées pour exprimer un gène muté dans leurs cellules, j’ai choisi de produire des lignées cellulaires humaines modifiées pour exprimer ce gène muté.

Quand et pourquoi avez-vous commencé à faire des recherches pour Pro Anima ?

Je n’ai pas effectué de recherches pour Pro Anima. J’ai arrêté la recherche après l’obtention de mon doctorat afin de me consacrer à l’enseignement à plein temps.

Quel est votre sentiment en tant que scientifique au sujet des tests sur animaux ? Pensez-vous qu’ils sont efficaces ou pensez-vous, comme Christiane Laupie, qu’ils ne sont peu fiables ? Dans ce cas, pourquoi une telle pression des industriels pour continuer à les utiliser ?

Je pense que l’expérimentation animale était l’option la moins préjudiciable (comparée aux tests sur l’homme) lorsque les méthodes alternatives étaient inexistantes ou non validées. Maintenant que celles-ci sont disponibles et basées sur des techniques très variées (in vitro, in silico, imagerie biomédicale, etc), je crois qu’utiliser des modèles non humains est trop peu efficace, en raison des différences génétiques et épigénétiques qui séparent l’homme des autres animaux.

Même si de nombreuses espèces animales sont utilisées (souris, chiens, singes, etc.), les résultats ne sont pas fiables à 100 %. Ceci peut conduire à croire qu’un produit est sans danger ou en exclure d’autres car ils ont été probants sur les animaux.

C’est toujours difficile pour quelqu’un de changer ses habitudes surtout si c’était la seule méthode disponible par le passé. Comme l’expérience animale coûte cher, qu’elle est rejetée par l’UE et par de plus en plus de clients, que les méthodes alternatives sont de plus en plus disponibles, je pense que les industriels s’adapteront lentement et changeront leurs méthodes de tests.

Connaissez-vous l’opinion à l’international des scientifiques en la matière ? Pensez-vous que les tests sur animaux pourraient être un jour complètement interdits ?

En ce qui concerne les cosmétiques, ma réponse est oui. Mais pour les médicaments, actuellement ma réponse est non car les méthodes alternatives ne sont pas encore suffisamment développées. Et malheureusement, je pense que ce sera encore la même dans 10 ans, car les chercheurs ont déjà assez de difficultés pour trouver des financements sur des projets de recherche utilisant des méthodes traditionnelles, comme les tests sur animaux, ils ne sont donc pas encouragés à travailler avec des méthodes alternatives.

À mon avis, il faut une véritable impulsion des politiques pour encourager la communauté scientifique à abandonner la tradition des tests sur les animaux et construire des méthodes alternatives fiables pour chaque domaine de recherche. Je crois que ce qui a été fait pour l’industrie cosmétique ouvre la voie pour l’industrie du médicament, mais qu’elle mettra des années à évoluer.


Interview menée par Gabrielle Jacquelin et Claire Brilly 
MA Radio and TV Production, National University of Ireland Maynooth