Primates : les propos choquants de Mahen Seeruttun


23 mai 2016

Les déclarations du ministre de l’agro industrie de l’île Maurice, Mahen Seeruttun, pour justifier le commerce de primates à destination des laboratoires de recherches sont choquants. Nous avons donc envoyé une réponse au journaliste les relayant et un courrier au ministre. 

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“étant donné les bénéfices qu’apportent la recherche sur les singes et la contribution que cette activité apporte à l’économie nationale en termes de devises et de création d’emploi, nous ne proposons pas de revoir le commerce des singes”

“Cette espèce est une des plus envahissantes et destructrices. Elle est une nuisance écologique qui détruit la biodiversité”

Notre réponse 

Nous nous permettons de réagir aux propos choquants tenus par le ministre de l’agro-industrie, Monsieur Mahen Seeruttun.

Nous avions écrit en octobre dernier à Madame Ameenah Gurib, Présidente de la République de l’île Maurice, afin de lui demander d’agir pour mettre un terme au commerce des primates à destination des laboratoires. Nous considérons donc les propos de Monsieur Mahen Seeruttun comme une réponse indirecte.

A l’heure où les études scientifiques nous démontrent la sensibilité et l’intelligence des primates, si proche de celles des humains, il est intenable de constater qu’un gouvernement défend l’exploitation de ces êtres sensibles pour des raisons purement économiques.

L’affirmation suivante : étant donné (…) la contribution que cette activité apporte à l’économie nationale en termes de devises et de création d’emplois est choquante.

Le respect de la vie est plus important que n’importe quel maintient de l’activité économique, surtout lorsque l’on sait que l’activité mauricienne est très prospère grâce aux industries du tourisme, des services et du sucre, entre autres. L’île Maurice est le pays d’Afrique le plus dynamique d’un point de vue économique et n’a pas besoin d’exporter des animaux pour rester compétitif.

Les propos tenus par Monsieur Mahen Seeruttun vont à l’encontre de tous progrès moraux à l’égard des animaux.

Les « bénéfices » de la recherche sur les singes évoqués par Monsieur Mahen Seeruttun ont été fortement remis en question ces dernières années par le biais d’articles scientifiques et autres études critiques à l’égard de la recherche animale.

Aucune espèce n’est le modèle biologique fiable d’une autre. Chaque espèce se caractérise par un matériel génétique unique issue d’une adaptation très précise à sa niche écologique. L’isolement reproductif est la définition même d’une espèce. Il constitue la preuve qu’une activité biologique reste spécifique et propre à l’espèce concernée.

En toxicité, 80% des réponses obtenues sur les animaux ne se confirment pas lors du passage à l’espèce humaine.

En recherche appliquée, plus de 80% des médicaments ayant des résultats satisfaisants sur les animaux échouent lors du passage à notre espèce. Ce chiffre monte à 99% pour la maladie d’Alzheimer démontrant l’échec des expérimentations animales particulièrement criant pour les maladies neurodégénératives.

C’est pour ces raisons que notre association soutient financièrement la recherche hors expérimentation animale car nous avons un besoin urgent de nouveaux outils plus efficaces.

Enfin, l’assertion suivante est particulièrement choquante : cette espèce est listée comme une des plus envahissantes et destructrices. Elle est une nuisance écologique qui détruit l’agriculture et la biodiversité.

Même si il y avait des cas de destructions causées par ces primates, cela ne justifierait en aucun cas les captures pour les envoyer en laboratoires. Des programmes éthiques de gestion de la nature et de contrôle des naissances seraient forcément une meilleure solution qui ainsi procurerait de l’emploi et donnerait une image éco-responsable du pays.

Nous portons à votre connaissance le résultat d’une étude scientifique qui démontre que la menace du changement climatique planant sur les primates les rend encore plus sensibles à leur environnement.

Cette étude parue dans le International Journal of Primatology le 30 janvier 2016 (1) nous informe que si aucune espèce de primates ne sera épargnée par le changement climatique, leur habitat sera encore plus sévèrement impacté, en moyenne de 10%, par rapport à l’habitat d’autres mammifères non primates. La plupart de ces animaux sont vulnérables et c’est la pression humaine qui représente un problème pour la biodiversité, pas l’inverse.

L’étude prédit que ces bouleversements liés au changement climatique vont impacter plus de 350 espèces différentes et montre que les primates sont encore plus fragilisés que les autres animaux.

Dans un pays qui vénère le dieu singe, il est temps de mettre en place de véritables actions de protections de ces animaux tout en assurant la promotion d’une recherche scientifique de pointe, hors expérimentation animale.

Nous restons à votre disposition pour tout complément d’information, notamment à propos des alternatives aux expérimentations animales.

(ci-dessous dévotion autour de la statut de Hanuman, le dieu à tête de singe)

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