Expérimentation animale : vous aussi vivez l’expérience !


15 novembre 2016

C’est du moins l’invitation déroutante que propose cobay.es, un nouveau site de promotion de l’expérimentation animale.

Particulièrement bien fait, ce site nous a pourtant mis mal à l’aise, notamment la rubrique invitant l’utilisateur à « vivre l’expérience » de l’expérimentation animale.

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« Vivez l’expérience » Voici un nouveau terme très à la mode en ce moment et plébiscité par les professionnels de la communication. Aujourd’hui le moindre achat est présenté comme une expérience afin de donner de la valeur aux gestes les plus anodins ;

Cette proposition donne surtout l’impression que les tests sur animaux constituent une sorte de jeu vidéo ou l’expérience sur l’animal serait quelque chose de fun à vivre et à connaître absolument.

L’utilisateur n’est pas responsabilisé. Il pourrait même être sérieusement déconnecté de la réalité de l’expérimentation animale qui reste pourtant douloureuse. A moins que l’idée soit de créer des vocations ?

Rappelons tout de même que dans les laboratoires, les animaux sont encore contaminés avec des produits chimiques (ingestion buccale, cutanée, voire dans les yeux) ou rendus malades pour les faire correspondre à nos maladies humaines. On n’est pas dans un jeu interactif où il suffit de débrancher sa console pour en finir. Il y a une réalité derrière tout cela et une souffrance animale réelle.

A la place, les créateurs du site auraient pu proposer comme option plus saine « Imaginez vous-même votre alternative à l’expérience animale ». Quelque chose de beaucoup plus responsabilisant allant dans le sens d’une recherche véritablement éthique avec zéro impact sur les animaux. Quelque chose tirant l’usager vers le haut.

Nous avons interrogé Hermine, spécialiste de la communication scientifique ayant pratiqué l’expérimentation animale et membre de l’équipe créatrice du site.

Nous souhaitions rappeler la réalité de ce qui se passe en laboratoire. Lassés de voir des images sur internet non sourcées provenant de laboratoires situés à l'extérieur de l'Europe ou n'étant plus d'actualité en France, nous voulions rappeler les pratiques courantes en France. Etant moi-même issue du monde de la recherche publique française, j'ai eu l'occasion de fréquenter plusieurs animaleries de laboratoire, de pratiquer l'expérimentation animale, de préparer des protocoles de recherche et bon nombre de mes anciens collègues l'ont fait également ou le font encore. L'objectif du site était donc pour nous, de rappeler que l'expérimentation animale sort des clichés qui lui collent à la peau. Cela n'est pas une équipe de barbares qui prennent plaisir à voir souffrir des petites bêtes et en tirent un sentiment de supériorité au nom de la recherche médicale. Voici donc la raison pour laquelle, nous avons choisi de rappeler les différentes étapes et précautions prises par le personnel de laboratoire avant toute chirurgie.

Un site déconnecté de la réalité

Le parti pris très décontracté du site internet n’est donc pas un hasard.

C’est également pour cela que le site n’aborde aucun point critique sur le gaspillage en vies animales (entre 80% et 99% des expériences réalisées sur les animaux sont en échec lors du passage à l’espèce humaine) les effets secondaires des médicaments qui échappent parfois aux tests sur animaux censés pourtant apporter une sécurité (drames sanitaires réguliers) et la règlementation assez décriée en la matière (comité d’éthique composé exclusivement d’expérimentateurs, etc)

Des faits scientifiques encore niés par une partie de la communauté comme on peut le constater.

Hermine poursuit :

Pour le caractère graphique rappelant l'univers des jeux vidéos, nous comprenons là encore, votre point de vue. Ici, c'est un parti pris de notre part, nous souhaitions désamorcer ce sujet polémique avec un graphisme déconnecté de la réalité pour essayer d'être le plus factuel possible.

En revanche la conclusion va dans le bon sens, puisqu’il est bien affirmé que les alternatives aux expérimentations animales doivent être développées autant que possible. C’est bien le seul point positif car tourner un sujet aussi important en une sorte d’expérience ultra connectée mais sans prise de conscience de l’acte expérimental ni du débat de société cher aux français et aux européens constitue une forme de désinformation, surtout lorsque l’on sait que cette réalité de l’expérimentation animale existe toujours en France, comme l’a constaté Audrey Jougla dont le livre « Profession : animal de laboratoire » est une enquête documentée sur les pratiques récentes et dissimulées de l’expérimentation sur les animaux en France.

Là aussi, le site en question n’en parle pas.

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Faites vous votre propre opinion en visitant le site.

Visitez également le site d’Audrey Jougla et n’oubliez pas de soutenir concrètement la recherche responsable en nous soutenant.